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29 oct

BERNARD GIRAUDEAU le cérébral

Posted in Mes infos on 29.10.14 by Merlyn

On pourrait parler de son 1,80 m tout en muscles, la taille préférée des réalisateurs qui ne conçoivent pas de films sans escalades périlleuses à faire exécuter par le comédien himself. Justement, au cours d’une séquence du «Ruffian», José Giovanni prend un malin plaisir à nous le montrer cascadant prestement le long de la tour Eiffel. Gilles Béhat, lui, frappe encore plus fort puisque, dans «Rue barbare» , il transforme Giraudeau en un implacable vengeur au look approprié de circonstance : rouflaquettes en goguette, biceps bien huilés et les tatouages qui vont avec. On pourrait évoquer son sourire, cette tornade blanche tendance Gibbs qui balaie tout sur son passage. Pour ce, vous avez le choix entre le sourire enjôleur pour des films qui le sont moins («Moi, fleur bleue» ou «Bilitis») et le sourire tout terrain tour à tour rassurant («La boum», «Et la tendresse, bordel !»), évident («Croque la vie») ou inquiétant («Le grand patron»). La taille plus le sourire, que manque-t-il d’autre à l’appel ? Mais les yeux, nom d’un cliché éculé ! Il n’y a pas si longtemps, ils constituaient à eux seuls un sujet de dissertation favori pour journalistes en mal de lieux communs. Une certaine uniformité dans les rôles proposés ajoutée à ce physique avantageux font qu’aux alentours de 1980, certains redoutent de voir (Gi) Giraudeau l’amoroso s’installer dans un créneau très Monsieur-Propre-le-gendre-idéal. Et puis, lentement, les choses changent et les jugements évoluent. Fort du succès commercial de deux comédies («Et la tendresse, bordel !» en 1979 et surtout «Viens chez moi, j’habite chez une copine» l’année suivante), Bernard aborde avec bonheur un registre volontiers plus dramatique. Il est le héros de «Passion d’amour» d’Ettore Scola qui sort en septembre 1981 sur les écrans français. Là, on ne s’attarde plus en banalités plus ou moins flatteuses sur le physique de l’intéressé. Pour la (presque) première fois, on évoque surtout l’indéniable qualité de sa performance dans ce film où il incarne un fringant militaire italien du siècle dernier qui s’éprend d’une femme extrêmement laide.BERNARD GIRAUDEAU Ici, la belle gueule de Bernard est, une fois de plus, mise avant, mais, et là réside la nouveauté, uniquement parce que l’intrigue l’exige. «Il est évident que Scola avait en tête un certain physique, explique l’acteur. Et une certaine santé, au départ, puisque le personnage se détruit au fur et à mesure. Scola, qui est très psychologue, a dû comprendre qu’intérieurement j’étais plus angoissé, fragile et violent que je ne le laissais paraître». Un aveu qui n’étonne nullement ceux qui se souviennent qu’avant d’éclater au cinéma, Giraudeau avait déjà trouvé une part de bonheur sur scène. Autant d’occasions idéales d’apprendre son métier sans s’enfermer dans un carcan de compositions stéréotypées. De conforter son instabilité innée face au public. Du théâtre lui vient surtout le goût du grimage et du déguisement. Et le besoin impérieux de porter des masques aussi différents que possible. Tel un caméléon, Bernard éprouve un malin plaisir à se glisser dans toutes les peaux possibles et imaginaires, histoire de se perdre pour mieux se retrouver. Cette notion de communion dans la diversité ne semble pas servir uniquement d’alibi à sa vocation de comédien. Il paraît sans cesse soucieux de rassembler les pièces d’un puzzle tout à fait personnel dont il est sûr de venir à bout, même s’il ne sait pas trop à quoi ressemblera le résultat final. Cela avec autant sinon plus de volonté et d’acharnement tranquille qu’un autre. «Je recherche des rôles solides qui me forcent à redécouvrir ma nature, excessive et physique», dit-il. L’occasion lui est offerte après «Passion d’amour» qui ouvre à l’acteur une voie fertile en compositions des plus diverses. Un crochet par l’univers doux-amer de Jean-Charles Tacchella qui lui fait «croquer la vie», toujours en 1981, et voilà Bernard flirtant voluptueusement avec ces changements à vue qu’il affectionne tant. Dans «Le grand pardon» d’Alexandre Arcady, il campe une petite frappe sans scrupules, nageant dans les eaux troubles du milieu. Retour à la passion majuscule en 1982 dans «Hécate» où, muté dans l’Afrique du Nord des années 30, il s’éprend d’une superbe et énigmatique jeune femme qui a les traits de Lauren Hutton. «Ce qui m’a intéressé dans «Hécate», c’est d’abord que ce soit un film sur les fantasmes, sur l’idée qu’on peut se faire de la femme, sur la jalousie, la violence et aussi sur un personnage médiocre dont la vie entière est bouleversée par un événement amoureux qui n’aura pas duré longtemps. J’avais également très envie de tourner avec Daniel Schmid, le réalisateur. C’est un homme qui vit par passion, même avec ses comédiens. Il y a donc une espèce de tourmente sur le plateau, un vent de folie, de haine et de tendresses mêlées. «Hécate», cela a été l’expérience d’un profond investissement de moi-même dans un personnage». Toujours en 1982, Giraudeau retrouve José Giovanni qui l’avait lancé au cinéma en 1973 dans «Deux hommes dans la ville» et en 1975 dans «Le Gitan», deux films avec Alain Delon pour principale vedette masculine. «Le ruffian» marque également la rencontre de Bernard avec Lino Ventura. «Se frotter à Ventura, c’est quand même bien excitant, raconte Bernard. C’est toujours extraordinaire de rencontrer des gens qui ont une stature cinématographique, qui sont ce qu’on appelle des bêtes de cinéma. Avec Lino, ça a été formidable, on s’est parfaitement entendu. Au fond, il n’est pas Ventura pour rien, pas un mythe gratuit, fabriqué. Ce qui domine chez lui, c’est son authenticité». Nos deux acolytes cascadent et castagnent donc à qui mieux mieux dans une intrigue truffée de grands espaces «technicholorisés», de courses au trésor et d’amitiés pures, dures et mouvementées. De la témérité, Giraudeau n’en manque pas au, cours de cette année 1982. Invité au festival de cinéma de Manille organisé par la présidente Imelda Marcos, il s’arrange pour effectuer auprès de ladite dame une demande de libération de prisonniers politiques. Cela par missive interposée et le plus courtoisement du monde. Effarement de la présidente qui expulse manu militari notre bouillonnant trublion vers des horizons plus cléments. Heureusement que, côté cour, les choses vont beaucoup mieux pour l’acteur qui «éclate» véritablement en 1983, l’année Giraudeau. En effet, et en l’espace d’un seul film («Rue barbare» de Gilles Béhat) et d’une pièce («K2»), il réussit à polariser l’attention des médias et d’une grande partie du public. Cette fois, tout le monde est d’accord pour souligner l’évidence de la rencontre de Bernard avec son rôle, celui de Chet, le héros de «Rue barbare». Ce dernier s’oppose, pour les besoins de l’intrigue, à Matt, le chef des barbares, une bande de dangereux désaxés. Leur antagonisme atteint son paroxysme lors d’un combat final d’une violence rarement atteinte dans le cinéma français. «Chet est un révolutionnaire qui mène une lutte sans merci contre une sorte de parrain, précise Bernard. Il constitue un des plus beaux personnages qu’il m’ait été donné d’incarner jusqu’à présent. Il est intense, instinctif et va jusqu’au bout de son destin. Il apparaît exactement tel qu’on l’avait imaginé au départ. Avec ses défauts, sa tendresse, sa passivité… sans parler de sa lâcheté finale : le fait de partir. Le plus étonnant, c’est qu’il s’agit-là d’une rencontre avec un personnage qui ne m’était pas destiné au départ. Je savais que ce rôle me correspondait profondément, mais j’étais pratiquement le seul à le savoir, hormis Gilles Béhat et nos producteurs». Une composition très physique pour les besoins de laquelle Giraudeau apprend à pratiquer la boxe thaïlandaise, un exploit que l’on ne manque pas de comparer à celui qu’il effectue alors tous les soirs sur la scène du théâtre de la Porte Saint-Martin. Dans «K2», il escalade un sommet de mousse synthétique haut de 18 mètres, afin de sauver son ami blessé. Cette performance tient en haleine pendant plusieurs mois un public qui applaudit là autant le sportif que le comédien. Ce dernier a d’ailleurs toutes les raisons de se réjouir de ce succès scénique aussi bien que de l’impact provoqué par sa prestation dans «Rue barbare». Il prouve ainsi qu’un acteur doué peut parfaitement gagner sur deux tableaux aussi différents que le cinéma et le théâtre, pour peu qu’il ait le goût du «jeu» et la volonté de gagner. Bernard Giraudeau explique d’ailleurs parfaitement la complémentarité nécessaire entre le monde des planches et celui du septième art. «Un tournage, ça représente quatre mois d’immobilisation. Si je ne faisais que cela, plus de théâtre. Et le théâtre, c’est le contact, la joute avec le public chaque fois. On sent qu’il y a des jours où on décolle, des représentations dont on sait qu’elles constituent un moment exceptionnel. Il est très difficile d’avoir exactement la même sensation au cinéma. On est un petit peu coupé en rondelles au gré de la volonté du metteur en scène, du monteur… Le théâtre, c’est aussi l’éphémère. Le rideau tombé sur la dernière représentation, il ne reste plus rien. J’aime cette notion de disparition. Un film, ça reste…»Ayant enfin trouvé sa vitesse de croisière, Giraudeau suit, en 1984, la même règle qu’il s’était fixée l’année précédente en n’apparaissant que dans un seul film, «L’année des méduses» de Christopher Frank. Cela si on excepte sa très brève apparition dans « Papy fait de la Résistance ». Dans «L’année des méduses», il y incarne un «mac» made in Saint-Trop’ pris en chasse par une nymphette vipérine alias Valérie Kaprisky. Bernard se sort de cette composition avec tous les honneurs, il n’a aucune cascade à effectuer entre deux tirades. Si ce n’est celle qui consiste à éviter, pour les besoins de l’intrigue, mademoiselle Kaprisky dont il remplacerait bien l’huile à bronzer par un soupçon de pesticide, histoire d’avoir un peu la paix. Voilà qui nous change radicalement des «Spécialistes», le Giraudeau 85 qui voit Bernard renouer avec le film d’aventures, les dangereuses cascades et… Christian Fechner, son producteur préféré. Plus Gérard Lanvin, un partenaire de choc pour une histoire mouvementée filmée principalement à Nice et dans les gorges du Verdon. Le tournage se déroule dans des conditions quasi-idylliques, n’en déplaise à ceux qui misaient sur un affrontement entre les deux têtes d’affiche. «Nous n’avons jamais travaillé ensemble, raconte Bernard, mais nous en avions envie depuis longtemps. Comme Fechner cherchait un nouveau tandem, ça s’est fait assez facilement. Gérard et moi, nous nous sommes formés en faisant d’abord un peu tous les métiers. Et puis, nous sommes l’un et l’autre des acteurs physiques… L’entente est aussi avec le producteur, poursuit-il. Il sait ce qu’il veut. Entente encore avec le metteur en scène, Patrice Leconte, que je connais depuis «Viens chez moi, j’habite chez une copine». Jusqu’ici, il n’a fait que des comédies, mais sur le scénario de Bruno Tardon, il a toutes les chances de faire un bon film d’aventures bien rythmé». L’affiche des «Spécialistes» a donc de quoi satisfaire tous ceux qui rêvaient à une rencontre au sommet (du Verdon) entre nos deux graines d’étoiles. Depuis, l’acteur a entamé le tournage de «Coups fourrés» de Gérard Vergez avant de retrouver, dans «Les longs manteaux», Gilles Béhat qui l’avait déjà dirigé dans «Rue barbare».

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